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Walken Production présente
Terreur Primaire

L'enfant la regardait d'un air arrogant, ses lèvres dessinant un sourire narquois qu'elle aurait bien voulu effacer d'une claque bien sentie. Plus tard peut être. Fouillant sauvagement dans son sac, elle trouva finalement l'objet tant convoité: la clef de son appartement. Relâchant un profond soupir, elle déverrouilla la porte et posa la main sur la poignée. Elle eut une légère hésitation, puis poussa sur la porte, reculant d'un pas au même moment. Un profond silence régnait dans son appartement. Aucune lumière n'était allumée. Tout semblait à sa place.  

La jeune femme se glissa derrière le jeune garçon et le poussa sans ménagement à l'intérieur. Celui-ci tenta de freiner son mouvement, mais il était petit et frêle et se retrouva presque sur le fauteuil berçant qui gardait l'entrée avant d'avoir repris son équilibre. Il cacha son agacement du mieux qu'il le pouvait, se retourna et lança à la femme un sourire qu'il voulait autant cruel que possible avec cette jeune figure d'enfant.  

Elle poussa un nouveau soupir et entra à son tour. Pour quelques raisons, elle s'était attendu à ce qu'on l'accueille avec une surprise déplaisante. Une explosion, un coup de feu, des couteaux propulsés par un mécanisme sophistiqué relié à la porte d'entrée. Elle avait espéré pouvoir ainsi se débarrasser facilement du gamin. André le voisin d'en haut aurait pu lui donner un coup de main pour se départir de la dépouille. Il était un homme fiable et plein de ressources, et très seul… Mais hélas. Elle devrait trouver une autre solution, et vite.  

 

Tout avait commencé trois jours plus tôt. Un rêve érotique torride, une grossesse surprise au matin, un accouchement sanguinolent l'après-midi venu. Une journée mémorable.  

On lui avait dit qu'une mère aimait son enfant dès le départ, bien avant sa naissance. C'était faux. Des douleurs atroces, un corps brisé, des émotions puissantes, sauvages et incontrôlables. Des vomissements incessants. Et tout cela avant le petit déjeuner. Joanna n'éprouvait que de la haine pour cet enfant qui lui avait ruiné la vie en quelques heures seulement. Dès sa naissance, elle avait vu en lui ce qu'il était réellement, et la terreur l'avait envahie alors même qu'elle mourrait sur la table d'opération. Puis, un miracle. Elle s'était réveillée dans une ruelle, à une centaine de mètres de l'hôpital, en parfaite santé. Et à ses cotées, un jeune garçon de trois ou quatre ans, souriant. Il avait toutes ses dents.  

La suite n'avait pas été plaisante. Une fuite à pieds dans les rues de la ville avait tourné au cauchemar lorsque Joanna s'était introduit dans le véhicule d'un couple de sexagénaires pour échapper au garçon qui la poursuivait inlassablement sur ses petites jambes. Une vision d'horreur s'était alors produit. Beaucoup de sang, des cris atroces… Joanna avait quitté la voiture avec un traumatisme qui la hanterait pour le restant de ses jours. Depuis, elle évitait autant que possible d'entrer en contact avec quiconque. Les heures suivantes avaient été pénibles. Impossible de se défaire de l'enfant, qui semblait bien s'amuser à terroriser la jeune femme. À court de solution, Joanna s'était résolue à simplement rentrer chez elle, après deux jours de cavale et huit victimes innocentes dans son sillage.  

 

Joanna se réveilla en sursaut, couverte de sueur, étouffant un hurlement. Le petit se tenait silencieusement au pied de son lit. Un lumière derrière lui faisait en sorte qu'elle ne distinguait clairement que sa silhouette, ce qui était terrifiant. Une voix masculine s'éleva dans la pièce, et Joanna fut immédiatement parcourue d'un frisson d'horreur. Elle reconnaissait cette voix, ce ton grave et sensuel, irrésistible. Elle en avait rêvé auparavant. Et pourtant, il ne faisait pas de doute que l'enfant en était la source.  

-Il est furieux. Il veut tout détruire. Tu dois me protéger.  

Joanna tira sur elle la couverture, dissimulant à moitié son visage sous celle-ci. Elle ne voulait pas que l'enfant déchiffre dans son expression l'infime parcelle de honte qui l'avait envahi tout à coup. Une émotion totalement irrationnelle, dépourvue de sens. Elle n'était pas la mère du garçon. Elle n'était que le véhicule qu'il avait utilisé sauvagement pour entrer dans ce monde. Elle le haïssait.  

Et pourtant.  

L'instinct maternel la frappait de plein fouet.  

L'enfant continua de parler, sa voix se dédoublant entre celle d'un homme et celle d'un gamin de quatre ans, et finalement le ton grave s'estompa complètement. Il y a avait quelque chose d'étrange à entendre une voix aussi jeune déblatérer sur un sujet aussi sérieux. Un Dieu vindicatif, qui était aussi un père abusif, menaçait de détruire la planète pour retrouver son fils disparu, l'héritier de son royaume, qui avait couché avec sa belle-mère avant de prendre la fuite…  

Joanna écouta tout cela sans émettre le moindre commentaire. Pour être honnête, elle ne saisissait pas totalement la gravité de la situation. Beaucoup de ces informations la dépassaient complètement, bien que son horizon de connaissances se soit de beaucoup élargi au cours des derniers jours. Son cerveau ne parvenait simplement pas à faire le lien entre les explications ésotériques de l'enfant et ce qu'elles signifiaient en réalité. Aussi, une partie d'elle était préoccupée par un autre problème survenu récemment dans sa vie, qu'elle avait omis jusqu'ici de partager avec le gamin : un gang voulait sa mort. Elle avait merdé, gravement, dans son autre vie. Quelques jours encore seulement avant sa grossesse éclair, Joanna, jeune, naïve, blanchissait de l'argent pour un type plutôt important du monde interlope. Elle était douée, trop douée. Elle avait pris ses aises, s'étaient désensibilisée au danger. Elle avait fini par se laisser tenter par tout cet argent qui lui passait entre les mains. Ce qu'elle prenait, elle dépensait immédiatement. Rien de trop extravagants, mais avec le temps, beaucoup de fric était disparu dans le vent. Et puis elle s'était fait prendre, comme une idiote. On l'avait menacé, puis donné un échéancier pour tout rembourser. Mais il était clair que même si elle parvenait à réunir tout cet argent en si peu de temps, elle n'allait pas s'en sortir sans conséquences. Et depuis, alors qu'elle était occupée avec son nouveau né, elle avait dépassé la date butoir, et elle n'avait toujours pas remboursé un centime.  

Une idée commençait cependant à se former tranquillement dans la tête de Joanna.  

-Le seul moyen de sauver le monde de sa rage est de me faire disparaitre, continuait le garçon. S'il ignore ma présence en ce monde, il ira me chercher ailleurs. Tu dois m'accepter en tant que fils, et m'aimer comme seule une mère sait aimer. Ça me rendra humain, et je disparaitrai du radar cosmique.  

À ces mots, Joanna ne pu s'empêcher d'éclater de rire, et le gamin se joignit aussitôt à elle de sa voix fluette. Après un moment, le silence revint dans la chambre à coucher. Joanna se leva et vint s'agenouiller devant le petit, le fixant d'un regard solennel.  

-Je suis d'accord pour t'aider, petit, mais seulement si tu m'aides d'abord avec mon petit problème. Vois-tu, avant ton arrivée, je me suis fais quelques ennemis. Je crois qu'ils veulent ma mort, puisque je ne peux leur redonner ce que je leur ai pris. Tu crois que tu peux me filer un coup de main avec ça?  

Le garçon la regardait à présent avec un air de reproche. Il semblait presque offusqué, voir un peu peiné. Joanna fut à nouveau prise de ce sentiment de honte qu'elle ne contrôlait pas, et qui se révélait bien agaçant. Elle tenta de se maîtriser au mieux.  

-Commençons tranquillement, alors. C'est quoi, ton nom?  

L'enfant esquissa à nouveau son sourire diabolique.  

-Tu peux m'appeler Sam, maman.  

 

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Joanna - Joanna Hunter  

Sam - Joel Lassek

Scénario : (2 commentaires)
une série Z comique (fantastico-horrifique) de Amanda Yusef

Joel Lassek

Joanna Hunter
Sorti le 07 mai 2055 (Semaine 2627)
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