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MaNyla Productions présente
La Cité Oubliée

Une pluie froide frappait les pavés de Great Russell Street, transformant les trottoirs en ruisseaux grisâtres. Les fiacres passaient, lourdement, éclaboussant les passants emmitouflés dans leurs manteaux sombres.  

Le vent fouettait les pavés luisants et tordait la fumée des lampadaires à gaz en spectres tremblants.  

Jonathan Hale (Hugo Garrett), l'épais col de son manteau remonté jusqu'aux oreilles, traversait la vaste place d'un pas décidé. Le British Museum s'éleva devant lui, vaste mausolée de pierre sous un ciel d'ardoise. Il gravit les marches d'un pas lent et pénétra dans l'enceinte silencieuse, où l'air sentait la poussière ancienne, la pierre humide et l'encre fanée.  

Il était là pour répondre à une convocation énigmatique, griffonnée sur un billet taché d'encre :  

 

"Si vous cherchez toujours ce que le monde refuse de voir, passez me voir.  

A.B"  

 

Un huissier au regard distrait le conduisait sans un mot à travers les galeries désertes, jusqu'à une petite salle où Adam Bartlett l'attendait.  

Le vieux Bartlett était assis dans un fauteuil de cuir râpé, une couverture sur les genoux, les doigts tremblants posés sur un carnet en cuir craquelé. Son visage, parcheminé et maigre, s'éclaire essentiellement à la vue de Jonathan.  

"Mon garçon...", souffla-t-il, la voix râpeuse comme une pierre qu'on frotte.  

Jonathan s'incline légèrement, esquissant un sourire qu'il réservait aux rares souvenirs heureux de son enfance.  

"Monsieur Bartlett."  

Le vieil homme tapota le carnet en cuir usé, posé devant lui.  

"Tu dois te demander pourquoi t'avoir fait venir ?" questionna le vieil homme sous le regard interrogateur de Jonathan qui s'approche d'une chaise et s'assit, .  

"Azrul", murmura le vieil homme comme si les murs eux-mêmes pouvaient trahir leur secret. "Une cité ancienne... perdue au cœur de l'enfer vert de l'Amazonie."  

Le vieil homme caresse presque amoureusement le carnet.  

"Ton père et moi... nous avons passé des années à traquer ses échos. Des cartes fragmentaires, des récits d'esclaves en fuite, des légendes indiennes. Tout ce que nous avons pu trouver, tout ce que nous avons découvert avant tant de souffrance... tout est là-dedans."  

Jonathan tend la main.  

Bartlett hésite, puis retire lentement le carnet de sous ses doigts tremblants.  

"Je suis trop vieux pour entreprendre ce voyage", avoua-t-il dans un souffle. "Trop malade aussi. Mais toi... toi, Jonathan, tu es tout ce qu'il me reste. Tu rejoindras mon assistante sur le terrain, elle est brillante mais trop jeune pour s'embarquer, seule, dans une expédition de cette ampleur."  

 

Le silence tombe, lourd, troublé seulement par le claquement des gouttes de pluie qui tambourinent contre les vitres de la pièce  

Jonathan ferme les yeux une seconde.  

Il sent la lourde lassitude des années de guerre, la tentation du refus. Mais dans la voix tremblante de Bartlett, il entendait autre chose : une supplique.  

Un dernier espoir.  

"Et quelles sont ces... légendes que vous mentionnez ?" demanda-t-il en rouvrant les yeux, un éclat ironique au fond du regard.  

Le visage de Bartlett s'assombrit.  

"Azrul n'est pas une simple cité oubliée, Jonathan. Les peuples de la forêt la craignent. Ils parlent de ses habitants devenus fous, transformés en choses grotesques par l'avidité. Ils disent que ceux qui cherchent Azrul ramènent la malédiction dans leurs pas... que la forêt elle-même se referme sur eux, les enfermant pour l'éternité."  

Jonathan esquissa un sourire.  

"Des contes de vieilles femmes pour effrayer les enfants."  

Le vieil homme le fixa longuement, son regard est devenu grave.  

"Peut-être. Mais sache ceci, capitaine Hale : l'orgueil a déjà consommé des hommes bien meilleurs que toi ou moi."  

Bartlett se pencha alors, toussotant dans un mouchoir souillé de taches sombres.  

Au loin, une horloge du musée sonne cinq heures, un bruit triste et lointain.  

"Promets-moi de ne pas chercher seulement pour toi-même. Promets-moi d'être plus sage que nous ne l'avons été."  

Jonathan prend le carnet. Il sent le cuir sous ses doigts, l'odeur forte du vieux papier.  

Il leva les yeux et soutient le regard du vieillard.  

"Je vous le promets."  

Un éclair blanchit la pièce, suivi d'un grondement lointain.  

La pluie redoubla d'intensité, martelant les vitres avec force.  

 

 

La nuit était tombée sur les ruines, enveloppant les pierres d’un linceul brumeux.  

Jonathan s'était éloigné du camp, ses pas le menant sans qu’il ne sache vraiment pourquoi jusqu’à une ancienne salle rectangulaire, dont les murs penchaient comme s’ils murmuraient entre eux depuis des siècles.  

Les murs portaient des marques et des fresques à demi effacées, des silhouettes aux yeux exagérément grands, toutes tournées vers l’intérieur, comme absorbées par quelque chose. Un autel de pierre trônait au centre d’une place couverte de mousse.  

 

La lune n’était qu’un croissant pâle derrière un voile de nuages. L’air était lourd, étouffant.  

Une odeur de fer et de terre mouillée s’accrochait à ses narines.  

Il entendait un chant.  

Lointain, mélodieux, d’une voix féminine. Il suivait ce chant sans réfléchir, sans se méfier.  

 

Il entra dans une pièce circulaire aux parois ornées de symboles qu’il n’avait jamais vus auparavant. Au centre, une fosse noire, béante, sans fond. Le chant venait de là.  

Il s’approcha  

Et soudain, il vit Sofia, vêtue d’une tenue d’explorateur défraîchie, debout au bord du gouffre.  

Mais alors qu'il arrivait à sa hauteur, le visage de Sofia s'était mis à se tordre lentement. Comme une cire fondue.  

Les yeux fondaient dans les orbites, la bouche s’ouvrait trop largement, révélant des rangées de dents inhumaines. La voix restait la même, douce, maternelle, mais fausse, terriblement fausse.  

 

Les murs se mirent à saigner quelque chose de noir, visqueux, qui rampait vers lui en gargouillant. Le sol sous ses pieds devenait spongieux, vivant. Des bras sortaient du sol, maigres, décharnés, agrippant ses chevilles.  

Il hurla, se débattit.  

Puis il tomba.  

Le gouffre l’avalait.  

Des visages défilaient autour de lui, yeux ouverts dans la pierre, des enfants au crâne ouvert, des femmes aux mains jointes dans la mort, des soldats rongés par les vers, et tous chantaient.  

Un chant ancien. Trop ancien pour des oreilles humaines.  

 

Il se réveilla en sursaut, haletant, couvert de boue, les yeux injectés de sang. Le sol était dur, sec. Il était allongé au bord d’un ravin, à quelques centimètres de la chute.  

Sofia accourut, le visage paniqué, criant d'une voix tremblante, "Tu criais dans la nuit. Je t’ai cherché partout !"  

Jonathan ne répondit pas.  

Il avait encore le chant en tête.  

Devenait-il fou ?  

Cet enfer vert allait-il avoir raison de lui ?  

Il se releva en fixant l’obscurité d’un passage latéral.  

Un frisson lui remontait l’échine.  

 

 

La pluie semblait avoir suivi Jonathan jusqu'à la petite ville de San Isidro, une petite poche de civilisation en bordure de la jungle.  

Accrochée aux bords d'un fleuve aux eaux opaques, cernée par une jungle vorace, les maisons en bois peint, rongées par la moisissure, se dressaient sur des pilotis lézardés, oscillant au rythme du vent et des inondations saisonnières.  

Les rues n'étaient que boue, flaques et graviers, piétinées par les sabots des mules, les pieds nus des enfants et les bottes des chercheurs d'or.  

Le jour, la chaleur poisseuse faisait dégager des odeurs nauséabondes, dont la plupart provenaient du marché, qui se mélangeaient entre elles. Le poisson fermenté, le sucre brûlé et la sueur formaient le parfum de San Isidor. Un mélange âcre qui restait accroché aux narines bien après avoir été parti.  

Des marchands vendant des potions, des animaux exotiques et des talismans s'installaient sous des bâches déchirées, leurs regards brillants scrutaient les étrangers.  

Mais c'était la nuit que San Isidro révélait son vrai visage.  

Les lampes à huile projetaient des ombres sur les murs, de vieilles peurs surgissant dans le coeur des hommes.  

Disparitions, visions dans les brumes, chants inhumains venant du fleuve. Les anciens disaient qu'on ne devait pas prononcer certains noms une fois le soleil couché. Surtout pas Azrul.  

Et pourtant, San Isidro attirait explorateurs ruinés, missionnaires en bout de foi, trafiquants de reliques, chercheurs de gloire.  

Tous passaient par ici.  

Certains repartaient.  

Beaucoup n'avaient pas cette chance.  

 

Les gouttes de pluie s'écrasaient sur les toits en tôle avec un bruit sinistre d'ossements que l'on brise.  

À travers les persiennes du petit hôtel décrépit, la lumière jaune d'un lampadaire ruisselait sur les murs, dessinant des ombres mouvantes, presque vivantes.  

Le Capitaine Hale refermait doucement le vieux carnet de cuir du Colonel Barlett, l'odeur de moisissure et d'encens était partout, sur les draps, les rideaux et même sur la peau.  

Une odeur abjecte que Sofia Carillo (Francesca Gunning) avait du mal à s'habituer. Elle était assise en tailleur sur le lit, regardant avec intérêt une carte tout en prenant des notes dans un petit carnet. La jeune femme paraissait imperturbable, malgré la chaleur moite qui trempait leurs vêtements et la menace sourde de la jungle qui semblait les épier.  

Jonathan se dirigea vers la commode bancale et en sortit une petite boîte en bois scellée d'un simple crochet. À l'intérieur, enveloppée dans une étoffe noire, se trouvait l'amulette.  

Il la sortit lentement, la lumière trouble de la lampe révéla un éclat d'or ancien, assombri par les années.  

Une forme mi-humaine, mi-reptile, les bras levées vers le soleil, gravée grossièrement sur le métal, semblait scruter l'ancien militaire.  

Sofia se redressa légèrement et s'adressa à Jonathan d'une voix si basse qu'elle semblait se perdre dans ses lèvres "Tu sais ce que c'est, n'est-ce pas ?"  

Jonathan observa l'artefact un long moment avant de répondre, "Folie et légende"  

Sofia se leva rapidement, l'air déterminée et attrapa l'allumette des mains de Jonathan tout en le fixant avec un regard de feu.  

"Ce n'est pas une légende pour moi, Jonathan. J'ai vu ce que les habitants de ces terres murmurent. Des enfants qui deviennent muets au nom d'Azrul. Des vieillards qui se signent quand on leur montre cette amulette. Le chef Ticuna qui s'est tranché la langue plutôt que de traduire les symboles."  

Sofia se mit à faire tourner l'amulette entre ses doigts, "Ils avaient peur d'un simple nom, cette cité n'apparait dans quasiment aucun documents mais la peur se transmet de génération en génération pour les prévenir." déclara-t-elle en regardant cette étrange créature représentée sur le métal.  

Un épais silence s'était installé dans la pièce, uniquement perturbé par les aboiements hystériques d'un chien qui provenaient de l'extérieur.  

Jonathan, ayant écarter les rideaux de la fenêtre, regardait les ruisseaux que la pluie avait formé dans la rue principale.  

Il ne croyait pas aux fantômes et autres histoires servant à faire peur aux enfants n'obéissant pas à leurs parents. Mais au plus profond de lui, il ressentait un étrange pressentiment qui lui soufflait l'idée d'abandonner cette expédition.  

Bartlett avait évoqué des malédictions.  

Après tout, son père était décédé dans des circonstances troublantes et illogiques tandis que Bartlett avait contracté une maladie qu'aucun médecin ne savait expliquer.  

Tous deux recherchaient Azrul.  

Soudain, le ciel fut illuminé par un éclair, révélant l'immense jungle qui faisait face à la chambre d'hôtel et semblait les attendre afin d'avaler leur âme.

Scénario : (1 commentaire)
une série Z d'action (Aventure) de Adam Geller

Hugo Garrett

Francesca Gunning
Musique par Jaime Ellis
Sorti le 28 décembre 2069 (Semaine 3391)
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